Funambule

Ce soir c’est moi qui prends le sucre et les bulles. C’est pas dément ça ? Le sucre et les bulles, encore une fois. Et ils n’ont même pas fait exprès.

Je filme ton tapis en gros plan et je me retiens de dire « c’est bandant » quand la musique me transporte. Je fais les mauvais choix, je sucre trop mon café et je pèse moins lourd qu’une grosse imprimante. Un jour, on sonnera à ta porte et ça sera moi, déguisée en nouille dans un grand carton FedEx. Et ce jour-là, crois-moi, on mangera des cacahuètes à s’en péter les tympans.

Elle est revenue, elle est revenue ! Et elle a tout dégagé, sans même le savoir. C’est tout juste si mes trois pauvres textos des jours suivants lui ont mis la puce à l’oreille. Quatre ou cinq heures pour tout casser. Un bon gros bulldozer. Et hop (comme dirait l’autre) : plus de montagnes, plus d’adoptions, plus d’eye-contacts dans les métros. Plus rien sauf une question cinglante : « et qu’est-ce qu’on va faire de tout le reste, maintenant ? ».

C’est le bordel. Je crois que c’est ça le bordel. En fait.

Je veux pouvoir t’appeler ma vieille quand tu prends un an. Je veux pouvoir te parler comme il me plaît du temps des coquelicots magiques, en me fichant bien qu’il soit venu d’Argentine ou d’Honolulu. Je veux pouvoir éteindre la lumière et ne plus rien dire du tout pendant huit jours. D’ailleurs, à vrai dire, je veux pouvoir disparaître tout simplement, comme je suis apparu un soir de concert, parce que la bulle d’eaux-airs est encore venue de son île pour tout exploser.

On va arrêter les grisouillis là et réécrire la fiche technique. Nous faut de l’éclatant, du fluo, du qui cogne, qui gratte et qui en remet encore un coup. Nous faut du deux kilos, ou du HMI, du qui te rend aveugle, du qui se trimballe par semi-remorque, rien de moins. Y’a pas que moi qui dois prendre la quatrelle pour t’emmener à la mer sur un coup de tête. Y’a toi aussi, et puis toi, et toi, et encore toi.
Faîtes tanguer le fil à la fin !

J’ai aéré pour que la fumée se dissipe. J’ai fait la vaisselle pour que les derniers grains de sucre fondent dans l’évier. J’ai changé le disque pour remettre la musique encore plus fort. J’ai effacé ses derniers mots pour me tenir prêt à en entendre d’autres. J’ai enclenché tous les potards et démarré tous les camions. Au beau milieu de mon fil, à égale distance des deux refuges possibles, j’ai écarté les bras au maximum pour être bien certain de ne rater aucun frémissement. C’est pas pour rien que ce que je préfère au monde chez une fille, à l’heure des loups, c’est quand le t-shirt tombe furtivement d’un côté en dévoilant une épaule.
Comme un souhait, une promesse, une étincelle.

Quand la bulle de fumée a éclaté sur nous comme un mini feu d’artifice silencieux et intemporel, j’ai compris pourquoi Funambule était mon mot fétiche du moment.