Always on a journey.

« He was always on a journey. » Son frère a commencé l’éloge funèbre avec cette phrase et j’ai trouvé ça joli. J’ai tout trouvé joli d’ailleurs : le mot anglais, la syntaxe, l’idée. Pourtant y’a rien de vraiment fou mais c’est toujours bon aussi quand le non-fou fait évidence.

Moi c’est pas compliqué. Quand quelqu’un meurt, j’achète des billets d’avion. Surtout lui. J’achète des billets d’avion et j’écoute Cali très fort. Déjà parce que ça fait pas de mal quelques infidélités et puis surtout à cause des cuivres, de la lente et inexorable montée des cuivres. Parce que quand les cuivres se mélangent aux saturations des guitares, y’a forcément un truc qui se passe dans le corps. Et puis il est toujours question de circonstances tu sais bien, je t’ai déjà expliqué. Des empilements de circonstances.

Quand il ne reste plus un kopeck sur le compte, suite aux achats compulsifs de billets, je me rassure en écoutant un conseiller financier avouer avec la plus grande simplicité du monde que le meilleur placement du moment est de dépenser son argent. Le dépenser maintenant, et pour ce qui fait vraiment plaisir. Je me délecte en écoutant tes lèvres rouges fluos murmurer des aveux lubriques entre deux gorgées de bière. Le serveur parlait d’happy hour sans comprendre qu’on s’offrait bien davantage : comme un « naughty hour » pendant lequel le mélange des genres ne ramène qu’au mélange des corps. Je souris en attendant mon heure, en pariant qu’elle aura aussi bien plus que de l’ « happy ». 

Alors il est trois heures du matin et ça danse et ça danse, aux dehors et en dedans. Je passe les plus improbables coups de fil. J’hésite à dire à ceux qui décrochent que je les aime. Mais non. Faut pas déconner quand même. Ça je sais vraiment pas faire.

Le personnel d’accompagnement vous recommande de maintenir vos ceintures attachées. Ouais ouais ouais, tout ça.