L’humeur minuscule

dalmatie_243 

 

C’est un D majuscule
tracé sur un carnet.
Le trait, haut, vertical,
la fossette en croissant.
Lui, vise les étoiles.
Elle, fait le jour riant.

 

Elle sent le patchouli,
la Corrèze et le rose.
Elle a perdu l’accent
du soleil des marchés.
Elle est l’accent aigu
des élans, effrénés.

 

J’ouvre les même livres
pour lire entre ses lignes,
pour faire danser la flûte
aux travers de Belleville,
à nager aux Folies
et courir les cinés.

 

Inspirez, expirez
les lofts ou les diptyques.
Esquivés les néons
trop froids pour être honnêtes.
Fumer quand tout va bien
ou que rien ne va trop.

 

Parfois ça cogne fort :
le son, l’alcool, l’amour.
J’écoute à plein volume
les sueurs de nos ripailles
sur les lacets joyeux
des routes vagabondées.

 

Elle fait des rêves d’ailes,
court après les avions,
imagine les costumes
de nos enfants prédits,
devant les pantalons
restés au seuil du lit.

 

Nous parlons de papas
avec le rire sans fin,
des vides que les gens laissent,
de la mort qui éteint….

Un petit chat s’approche
et tout est rallumé.

 

La sœur, le père, la mère,
j’ai fait mien tout son clan :
son savoir dire les textes,
son poing levé à gauche,
l’intelligence d’y être,
l’art des disparitions.

 

Quand un garçon la frôle –
un qui en vaut la peine –
ses yeux prennent la fuite
et son corps les ailleurs.
Elle surgit, forme noire :
c’est le Grand Animal.

 

Combien de grains de peau
ont connu sa caresse ?
Ne jamais demander
dans les yeux, dans les mots :
de peur de faire bien pire
ou, pire, de faire bien mieux.

 

Au fond de nos secrets
ses Julien sont mes Louise,
ses Jean sont mes Fantine.
Ses Sam et puis ses Max
sont les préfixes mous
à mes virées ardentes.

 

Mon piano se taisait
sans qu’elle ne le réclame.
Les jours de grands espoirs,
les nuits de déceptions…
Une heure, un jour, un an,
presque deux et demi.

 

Du caillou des frigos
aux ricochets noyés,
c’est l’humeur minuscule,
c’est la couleur ternie
des tristes crépuscules,
du piano qui prend vie.